Le REM Belgique rassemble des experts en matière d'asile et de migration pour discuter des développements clés de 2023 et des défis pour 2024

Lors de son "policy event" annuel, le Point de Contact belge du Réseau Européen des Migrations (REM) a invité des experts en matière d'asile et de migration en Belgique à réfléchir aux évolutions de 2023 et aux perspectives pour 2024. Des sous-groupes ont examiné plus en détail les mesures en réponse à la crise de l'accueil, le nouveau droit de séjour pour les apatrides, les campagnes d'information dans les pays tiers, les modèles de guichet unique d'information, les défis et projets en cours au CGRA, les projets de mobilité de talents en Belgique et les tendances émergentes dans le domaine de la migration de travail.

Le jeudi 18 avril 2024, le REM Belgique a réuni environ 90 experts engagés dans le domaine de l'asile et de la migration en Belgique. Profitant de leur expertise et de leur expérience relatives à divers aspects de la matière, ils ont pu réfléchir de manière transversale aux évolutions significatives récentes ainsi qu'aux défis et opportunités actuels dans le domaine.

Peter Robberecht, chef de cabinet de la Secrétaire d'État à l'Asile et la Migration, a d'abord prononcé un discours d'ouverture. M. Robberecht a souligné que « travailler ensemble constitue le seul moyen pour réellement gérer la migration ». Au niveau européen, cette coopération s'appuiera désormais sur le Nouveau Pacte sur la Migration et l'Asile, dont la mise en œuvre et l'opérationnalisation sont aujourd'hui prioritaires. Des accords doivent également être conclus avec les pays voisins de l'Europe et les pays d'origine. A cet égard, M. Robberecht a évoqué les accords conclus avec la Tunisie, la Mauritanie et l'Egypte. Au niveau national, il a souligné le travail titanesque et la large coopération qui ont été nécessaires pour établir un nouveau code de la migration. Il a également souligné les travaux en cours pour parvenir à une coopération plus étroite entre les différents services d'asile et de migration en Belgique, grâce à un environnement de travail numérique intégré et une approche en chaîne, et à long terme grâce à la possible création d'une agence unique en charge des migrations.

Les participants ont ensuite eu l’opportunité de participer à des sous-groupes travaillant sur les thématiques suivantes :

  • Mesures en réponse à la crise de l’accueil : la Directrice générale a.i. de Fedasil a présenté les différentes mesures qui ont été prises en 2023 pour augmenter la capacité d'accueil, accélérer la sortie du réseau d'accueil et améliorer l'accompagnement des demandeurs célibataires dépourvus de place d'accueil. Il a été noté que malgré les nombreuses mesures, le manque de places d’accueil a persisté tout au long de l’année 2023, entraînant d’importantes conséquences juridiques et humanitaires tant pour les demandeurs que pour le personnel. Il a été clairement indiqué que la création de places d’accueil supplémentaires ne suffirait pas à elle seule et que des réformes, une forte coopération entre les autorités chargées de l’asile et des migrations et peut-être même un modèle d’accueil alternatif seraient nécessaires pour sortir de la "crise de l’accueil" la plus longue jamais connue.
     
  • Nouveau droit de séjour pour les apatrides : Le Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides (CGRA), Nansen et le HCR ont expliqué l'initiative législative, soutenue par l'expertise de l'Office des étrangers. L’initiative a été bien accueillie, notamment grâce à l’implication de nouveaux acteurs experts en matière de protection internationale. Cependant, certaines questions non résolues sont également apparues concernant l'accessibilité de la procédure, les garanties procédurales, l'ajout de conditions et la charge de la preuve. Compte tenu de la complexité du système, la clé de son succès résidera avant tout dans sa mise en œuvre.
     
  • Campagnes d'information dans les pays tiers : Les campagnes d'information menées en 2023 au Vietnam, en Guinée et au Nigeria ont été présentées, montrant la diversité des groupes cibles, des partenaires, des messages, des moyens, des outils et des zones géographiques concernées. L'impact des campagnes a notamment été discuté, soulignant le fait qu'il est difficilement mesurable. Il a été constaté que, même lorsque les gens sont informés des risques liés à la migration irrégulière et à la traite des êtres humains, il n'est pas certain que cette information induise un changement de comportement et d'intention migratoire. À cet égard, la répétition des campagnes au même endroit ou ailleurs (lorsque le problème se déplace d'une région à l'autre) permet d'obtenir un plus grand impact.
     
  • Modèles de guichet unique d'information : Fedasil et la ville de Charleroi ont présenté leurs modèles de guichet unique, visant à améliorer l'information et l'orientation des migrants en situation précaire vers les services adéquats. Actifs à Bruxelles et bientôt lancés à Charleroi, ces hubs privilégient la collaboration et l'inclusivité. Ils bénéficient de partenariats institutionnels solides avec diverses parties prenantes (villes, autorités en charge de l'asile, organisations de la société civile, …). Les discussions ont porté sur le contexte local dans lequel fonctionnent les guichets uniques, les stratégies pour informer les migrants difficiles à atteindre, les pistes de collaboration avec d'autres acteurs et les initiatives pour garantir une fourniture d'informations correctes et cohérentes (comme les bureaux de gestion des cas individuels de l'Office des étrangers, les hubs humanitaires, etc.).
     
  • Défis et projets en cours au Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides (CGRA) : La Commissaire générale a expliqué le contexte difficile dans lequel se trouvait le CGRA (afflux élevé de demandeurs de protection internationale, migration secondaire, réseau d'accueil saturé, procédures complexes et arriéré croissant). Elle a souligné que le CGRA doit donc être une organisation agile, capable de s'adapter aux fluctuations des demandes de protection internationale. Elle a ensuite expliqué les processus en cours de révision dans le cadre d'une approche en chaîne intégrée et améliorée ainsi que sa politique de fidélisation des employés.
     
  • Projets de mobilité de talents en Belgique : Enabel, l'OIM Belgique et Luxembourg et l'Office des étrangers ont présenté certains des projets de mobilité qu'ils ont lancés en 2023. Plus précisément, Enabel a parlé de ses projets de mobilité entrepreneuriale en Côte d'Ivoire et au Sénégal, tandis que l'OIM a présenté son projet DT4E. Enfin, l'Office des étrangers a présenté un projet de santé à venir avec le Suriname et un projet de mobilité entrepreneuriale qu'il a mis en place avec la Géorgie l'année dernière. Au-delà de ces projets, ils ont également évoqué l'importance des partenariats et présenté leur approche individuelle de leurs propres projets et programmes. Pour tous les intervenants, la composante mobilité de leurs projets n'était qu'un moyen pour parvenir à une fin : les programmes visaient à renforcer le développement durable, à construire des ponts durables entre les parties prenantes ou à promouvoir des voies légales sûres.
     
  • Tendances émergentes dans le domaine de la migration de travail : le cabinet d'avocats en droit de l'immigration Fragomen a présenté le point de vue des praticiens et des entreprises ainsi que des réflexions critiques sur les tendances émergentes dans le domaine de la migration de travail en Belgique, notamment l'attraction et la rétention de talents hautement qualifiés, les pénuries de main-d'œuvre et les voies d'immigration pour les emplois moyennement ou peu qualifiés, la numérisation et l'optimisation des processus d'immigration, la lutte contre la fraude et les abus et la protection des droits des travailleurs. En 2023, les changements politiques visaient principalement à faciliter la migration de main-d'œuvre pour remédier aux pénuries de main-d'œuvre sur le marché du travail local, tout en luttant contre les abus et en protégeant les droits des travailleurs. Cependant, il a été noté que presque toutes les politiques de facilitation constituent en réalité une mise en œuvre des directives de l'UE, tandis qu'au niveau national, les mesures adoptées sont plus restrictives/protectrices.​

Si l'un des sujets ci-dessus vous intéresse, n'hésitez pas à envoyer un e-mail à emn@ibz.be pour obtenir des informations et de la documentation supplémentaires.

Tous les développements clés seront bientôt compilés dans le rapport annuel belge sur l'asile et la migration 2023, qui sera publié vers juin 2024. Le rapport comparatif de l'UE sera également publié à cette période.

Le REM Belgique souhaite remercier chaleureusement les experts qui ont assisté à l'événement et qui contribuent quotidiennement au travail du Réseau Européen des Migrations !

Date de Publication:
Géographie:
Mots-clés:
Thème principal:
Commanditaire:
EMN
Type d'actualité: