La traite des êtres humains prend de nouvelles formes et requiert davantage de coopération internationale

Ce 2 octobre 2025, le REM France a réuni de nombreux acteurs français et européens afin de faire le point sur la lutte contre la traite des êtres humains aux niveaux national et européen. Cette journée a notamment permis d’identifier de nouvelles formes de traite et d’examiner les outils de coopération internationale, tels que les partenariats opérationnels conjoints ou les actions coordonnées dans le cadre d’EMPACT.

Le REM Belgique a assisté à cette conférence avec beaucoup d’intérêt et en a retenu les points clés suivants :

  • Le nombre de victimes de la traite des êtres humains identifiées est en augmentation, tout comme la proportion de ressortissants de pays tiers parmi ces victimes. L’analyse des données permet de remettre en question certaines idées reçues : ainsi, la part des hommes (souvent victimes de traite à des fins d’exploitation par le travail) est significative, et les femmes figurent également parmi les personnes suspectées d’actes de traite. Tous les acteurs s’accordent à dire que les chiffres officiels ne reflètent pas l’ampleur réelle du phénomène (le phénomène des "dark numbers").
     

  • La traite des êtres humains prend de nouvelles formes. À cet égard, les intervenants ont particulièrement attiré l’attention sur: (i) l’exploitation par le travail, notamment dans les secteurs en tension ; (ii) l’exploitation domestique ; (iii) l’exploitation sexuelle de victimes originaires d’Amérique latine ; (iv) l’exploitation criminelle de mineurs ; (v) le déplacement de l’exploitation sexuelle vers les plateformes en ligne.
     

  • Dans ce contexte, l’UE intensifie ses efforts de coordination de la lutte contre la traite. Parmi les évolutions notables figurent: la révision de la directive anti-traite adoptée en juin 2024 (à transposer avant le 15 juillet 2026), la relance de la plateforme européenne de la société civile contre la traite des êtres humains, le lancement du hub européen de lutte contre la traite, ainsi que le renforcement de la coopération opérationnelle avec les pays d’Amérique latine. La stratégie 2026-2030, qui mettra notamment l’accent sur la coopération avec le secteur privé, est attendue pour octobre 2026.
     

  • Les États mènent également de nombreuses actions, qui démontrent l’absolue nécessité d’une coopération inter-acteurs et interservices. C’est le cas de la France, qui est en train de formaliser son mécanisme national d’orientation, en associant étroitement les associations de terrain. C’est aussi le cas de la Grèce, qui s’engage dans divers partenariats à travers des projets comme HOST (avec le secteur de l’hôtellerie-restauration) et EMBRACE (visant à impliquer les milieux économiques dans la prévention de la traite à des fins d’exploitation par le travail). C’est également le cas de la Serbie, qui a créé une plateforme nationale de prévention des violences impliquant les enfants, intitulée « I Protect You ».
     

  • La coopération internationale constitue un levier indispensable dans la lutte contre ce phénomène. Elle est essentielle à l’échelle européenne (notamment via EMPACT) et avec les pays tiers, comme en témoigne l’opération El Rais, au cours de laquelle l’Italie a coopéré avec plusieurs pays, dont l’Égypte, l’Albanie, la Turquie, ainsi qu’Oman. Les intervenants ont souligné l’opérationnalisation croissante des outils et projets de coopération, notamment les POC (Partenariats Opérationnels Conjoints).

Nombre d’éléments évoqués ci-dessus sont détaillés dans l’étude récente du REM sur « La dimension internationale de la traite des êtres humains ». Ses résultats ont été brièvement présentés lors de la conférence. On retiendra en particulier les besoins exprimés par les États ayant participé à l’étude, parmi lesquels : (i) le renforcement des enquêtes financières ; (ii) l’attention portée à l’espace numérique ; (iii) un investissement accru dans la lutte contre la traite à des fins d’exploitation par le travail ; (iv) le renforcement de la coopération avec certains pays tiers ; (v) l’amélioration de la coordination entre autorités compétentes.

Un grand merci à l'équipe du REM France pour l’organisation de cette conférence enrichissante, contribuant ainsi à "rendre visible l’invisible". Un compte rendu complet des échanges ainsi que les présentations PowerPoint seront prochainement disponibles.